Exilium vocis : de l'aliénation dans le maternel à la séparation dans l'étranger
De l’exil aux voix de l’écriture: la traduction au Coeur du trancfert
Colloque CRIVA
Trieste — Italie
26-29 mars 2026
Exilium vocis: de l’aliénation dans le maternel à la séparation dans l'étranger
Sur les paradoxes de l’Unheimliche dans la naissance du sujet de l'énonciation
Stéphane Moshchenko
La sentence stoïcienne dit: Exilium vita est — « La vie est exil ». On sait que Victor Hugo, banni en 1856, fit graver cette formule au-dessus de la porte de sa salle à manger. Ses amis s'étonnaient de la rude sagesse de l'épigraphe dans la maison de l'écrivain, jusqu'à ce qu’ils apprennent que Hugo lisait cette inscription à sa manière: exilium est vita, « l’exil est la vie ». Cette torsion d’auteur permet d’aborder le drame de l’exil sous un autre angle.
J’aborderai quatre points dans mon exposé.
1. D’abord — l'étymologie latine et la paire lacanienne aliénation/séparation comme formalisation de l’exil dans le rapport du sujet et de l’objet.
2. Ensuite — le paradoxe de l'Unheimliche à l'égard de la voix comme objet d’exil par excellence.
3. Puis — le passage au dernier enseignement de Lacan: du sujet et de l’objet dans le langage de l’Autre au parlêtre de lalangue, et la question de la voix en deçà et au-delà de la structure.
4. Enfin — une brève lecture d'exilium vocis dans les coordonnées de la transmission psychanalytique dans la langue étrangère.
1. Exsul — solum — salire. Aliénation et séparation
Le latin exilium dérive de l’ancien exsul — le banni, celui qui vit dans l’exil et le subit[1]. Dans la tradition latine et médiévale, exsul est associé à solum — la terre, le sol: exsul est celui qui est extra solum, « hors de sa terre natale »[2]. Cette étymologie populaire mais ancienne dessine la figure de l’exilé privé de sol, de soutien, de racines.
L'étymologie moderne[3] met prudemment solum à l'écart et tire exsul de la racine verbale salire — « mouvoir, expulser ». L’exil se pense alors non comme un état « sans sol », mais comme un acte de jet hors de la limite — un geste à l'égard du banni comme objet.
Ainsi, la première étymologie définit la dimension de l’exilé-sujet — celui qui vit la rupture avec sa terre natale; la deuxième étymologie envisage l’exilé dans le statut d’objet jeté.
La duplicité de l'étymologie de l’exil s’est imprimée dans les notions mêmes de sujet et d’objet. Le latin sub‑jectum est le calque du grec hypo‑keimenon: « le sous-jeté », ce qui gît au fondement de la chose. Et ob‑jectum est « le jeté devant » le sujet connaissant. L’institution mutuelle du sujet-objet s’enracine donc dans deux modalités du ‑jectum — du jet-exil[4]. Il importe de souligner que l’on se tient ici sur la scène philosophique de la connaissance.
En 1964, dans le Séminaire XI[5] et dans l’article « La position de l’inconscient »[6], Lacan formalise l'émergence du sujet dans son rapport à l’objet par deux « operations qu’ordonnent à un rapport circulaire, mais pour autant non-réciproque »[7]: l’aliénation et la séparation. Lacan les referme dans le contour du poinçon dans la formule du fantasme, où le sujet de l’inconscient se conjugue à l’objet de la pulsion: $◊ a.
La double étymologie de l’exil peut maintenant se lire ainsi: la ligne solum — sub‑jectum — aliénation décrit l’exilé-sujet arraché à sa « terre natale » et ne recevant plus que le statut d’ensemble vide dans l’ordre symbolique de l’Autre; la ligne salire — ob‑jectum — séparation décrit l’exilé-objet, expulsé du champ de l’identification aliénante, tombant comme objet a.
On peut reconnaître la figure de l’exilé du côté du sujet de l’aliénation ou du « choix forcé »[8]: c’est celui qui, pour vivre comme sujet, va vers la mort sous la barre du signifiant. La terre natale perdue est ici le territoire mythique de la chair vive avant l’incorporation du signifiant[9]. Tout sujet du langage est un exilé de la nature, qui ne peut cependant naître, vivre, mourir et renaître nulle part ailleurs que dans l'étrange patrie de l’Autre.
On peut aussi reconnaître la figure de l’exilé du côté de l’objet de la séparation, qui tombe hors du champ de l’identification en profitant de la brèche d’incomplétude de l’Autre. La perspective de la séparation est liée au détachement de l’objet de jouissance, dans le rapport auquel est possible un « second degré » de subjectivation — une seconde mort-exil et une seconde « vie en exil » au-delà de la « patrie étrangère » de l’Autre. C’est précisément cette orientation vers la séparation de l’objet qui guide pratiquement la construction et le « franchissement » du fantasme dans le cours de l’analyse.
2. Unheimliche: le paradoxe de la voix sur la terre natale
Mais le langage est-il « la maison de l'être », comme l’affirme Heidegger, ou bien, au contraire, l'étrange patrie? Où se situe la terre natale de l'être parlant? Et qu’advient-il de la voix sur cette terre?
Dès le titre du texte « Das Unheimliche » (1919)[10], Freud déploie la topologie de ces questions. L’inquiétante étrangeté, souligne Freud, ne fait que sembler venir du dehors; en réalité, elle est le retour de ce qui est le plus intime, le plus familier — heimlich. Le préfixe Un‑ comme tel n’introduit pas l'étrangeté: il révèle que l’essence de l'étranger est le familier. L'Unheimliche — c’est l’irruption du propre revenu comme étranger.
On peut noter ici un isomorphisme structurel avec exilium. De même qu'exsul découvre sa dépossession non pas en franchissant la frontière, mais après coup, de même l'Unheimliche ne se révèle pas comme quelque chose de venu d’ailleurs, mais comme la torsion du heim lui-même. Ni exilium ni Unheimliche ne décrivent un itinéraire — d’où et vers où — mais une torsion: le retournement d’une surface unilatérale.
La voix s’insère dans cette torsion d’une manière singulière. De toutes les formes de l’objet a, c’est la voix qui manifeste le plus exemplairement l’essence du heimlich: elle surgit dans ce qu’il y a de plus intime — dans le corps, dans la lalangue maternelle, dans ces modulations qui ont inscrit la jouissance avant toute articulation du sens. La voix est ce qu’il y a de plus domestique, de plus intérieur, ce qui nous semble le plus subjectivement nôtre. C’est précisément pourquoi son retour au statut d’objet est si angoissant.
Car la voix comme objet a est l'Unheimliche freudien au sens strict: le plus intime qui, étant perdu pour le sujet, revient comme étranger. Si nous ne reconnaissons pas le son de notre propre voix dans un enregistrement, ce n’est pas en raison de distorsions techniques, mais parce que nous nous heurtons à l’objet angoissant exilé.
En ce sens, l’inscription de Hugo fonctionne comme une formule topologique. Exilium vita est / Exilium est vita: l’exil n’est pas le contraire de la vie — l’exil est la forme de vie de l'être parlant, parce que la voix est originellement unheimlich: elle n’est « chez elle » qu'à titre d’exilée. C’est pourquoi le texte de l’inscription peut se lire de deux façons: comme sagesse stoïcienne — la vie est exil, heimlich s’ouvre comme unheimlich — et comme affirmation d’auteur — l’exil est la vie, l'Unheimliche s’avère être le seul heim possible.
En passant au langage des textes lacaniens, on peut lire dans ce terme freudien cet Un dont Lacan formule qu’il y a de l’Un[11].
3. Du sujet au parlêtre: généralisation de l’aliénation et la voix en deçà et au-delà de la structure
Telle est la logique en deçà de la structure, au sens de ce structuralisme psychanalytique que Lacan élabore durant la plus grande partie de son enseignement, où il n’y a pas de structure sans corps. Mais que se passe-t-il lorsque nous passons sur le territoire du parlêtre?
Dans le tout dernier enseignement de Lacan, la terre natale — non plus du sujet, mais du parlêtre — n’est pas le langage de l’Autre à l’ombre du Nom-du-Père, mais la lalangue maternelle, ne s’appuyant que sur l'Un[12]. Ce tournant permet de repenser la forme classique de l’aliénation dans le signifiant binaire S1-S2, et la séparation de l’objet a comme réponse propre avant tout à la structure névrotique.
Lors du passage du territoire du sujet de l’Autre à celui du parlêtre d'Un, la terre natale de l'être parlant devient une substance bien plus matérielle de jouissance dans lalangue, hors-sens. L’aliénation du sujet dans le signifiant binaire peut alors se représenter comme un cas particulier, névrotique, de la forme généralisée d’aliénation du parlêtre dans lalangue. Le terme proposé pour cette forme est lalaliénation: aliénation non dans le langage de l’Autre, mais dans le bruit même de lalangue. L’aliénation « classique » — dans le signifiant binaire — s’avère alors n'être qu’un des modes de l’aliénation plus fondamentale dans la substance de lalangue, qui constitue le parlêtre avant tout partage en sujet et objet[13].
Si l’on envisage la séparation de l’objet a comme réponse à la forme « classique » de l’aliénation, en deçà de la structure, il s’agit du symptôme comme manifestation agissante du cycle aliénation/séparation. Dans la névrose, c’est la réalisation du fantasme; dans la psychose et l’autisme, ce sont d’autres scènes d’exil encore structurables, avec des statuts différents de l’objet a, où l’objet peut n'être ni séparé ni extrait, mais « dans la poche »[14] ou « dans la main »[15]. La voix en deçà de la structure — c’est le reste de jouissance découpé depuis la parole, l’avatar du Heimlich mythique, du « propre » perdu, autour duquel s’organisent le fantasme ou d’autres solutions-tentatives pour construire le rapport avec ce familier qui n’a jamais été posé (Bejahung[16]) et revient de ce fait dans le Réel comme Unheimliche.
Au-delà de la structure, dans la clinique des nœuds, l’objet cesse d'être pensé comme un « morceau » de jouissance déjà séparé. Il est pensé comme l’effet de l’entrelacement des ronds, le point nodal de R-S-I[17] — le point où lalangue s’implante dans le corps en produisant une singularité de jouissance. L’opposition dedans-dehors se lève, et la question de l’exil perd la notion d’une frontière à traverser. La voix du parlêtre — ce n’est plus l’objet perdu qui doit être séparé, mais ce qui se noue sinthomatiquement — à travers la lettre, l'écriture, la parole, la pratique créatrice — de telle sorte que l'Unheimliche devienne une forme vivable, « habitée » de heimlich d’Un pour chaque parlêtre.
4. Exilium vocis dans les coordonnées de la transmission psychanalytique
Pour conclure — une brève lecture d'exilium vocis dans les coordonnées de la transmission psychanalytique dans la langue étrangère.
La psychanalyse lacanienne a une langue maternelle — le français — et une langue originaire — l’allemand. Lorsque la langue maternelle de l’analyste praticien est autre, un temps de traduction supplémentaire s’ajoute. Or les langues maternelles de Freud, de Lacan et de tout analyste praticien ne diffèrent qu’en deçà de la structure — là où la formation du symptôme et les difficultés de transmission sont liées à la production du sens et du non-sens dans l’Autre du langage, c’est-à-dire sur le territoire de le langage.
C’est précisément le séjour en deçà qui crée la tension de l’exil dans le cadre de l'émergence mutuelle sujet-objet. C’est là seulement que l’on peut parler de la voix de l’exil — de la voix qui révèle son accent, son étrangeté intonative, son Unheimliche. Et il importe de prendre en compte que le problème du sujet et de l’objet lui-même, le cadre de cette lecture dramatique, a été posé à l'égard de la connaissance: sa terre natale est la philosophie du signifiant, non la clinique de la jouissance.
Lalangue ne connaît pas ces distinctions. Lalangue ne peut pas être étrangère: ses éléments sont hors-sens, et il n’y a pas de frontière que l’on pourrait traverser ou ne pas traverser. Ici, l’exil est extimement donné, et non pas l’effet de le langage, sur le sol structuré duquel croissent les systèmes du savoir de l’Autre.
Cela ne signifie pas que le sol de le langage soit sans pertinence. La transmission de la psychanalyse s’effectue précisément sur ce territoire du désir de l’Autre: à travers la lecture, le séminaire, la traduction, la présentation de cas — à travers toutes ces formes où le sens est produit et contesté. Le langage psychanalytique — avec ses notions, ses concepts et son savoir — est spécifique; la dimension du transfert au sujet supposé savoir et le désir de l’Autre ne perdent pas leur actualité en se situant en deçà de la structure. La situation de l’analyste étranger le met en évidence de façon particulièrement nette: accent, ratés, incompréhensions — tout cela est symptôme du travail de le langage et de ses limites.
La psychanalyse, comme beaucoup d’autres pratiques de la parole, possède sa richesse conceptuelle et la profondeur de ses significations: tout cela se situe en deçà de la structure, sur le champ commun de la production et de l'échange de sens. Mais la particularité principale de la psychanalyse tient à ce qu’elle travaille avec ce qui est insaisissable — ce qui a une valeur décisive pour le parlêtre est ce qui se situe au-delà, dans le hors-sens. C’est pourquoi la psychanalyse soutient la parole et l'écriture non pour la compréhension, mais pour percevoir lalangue et s’approcher du nouage de la jouissance dans la lettre là où nulle théorie et nul « langage commun » ne servent plus d’appui.
En définitive, la psychanalyse s’oriente vers le dire[18] du parlêtre: vers ce qui, dans la parole, résonne dans les corps d’autres êtres parlants. L'échange du dire — ce n’est pas l'échange de savoirs ni la compréhension mutuelle; c’est le point où la lecture de Lacan, ou la séance analytique, ou l’intervention au colloque touche le corps, laissant la trace qui ne se réduit pas à la transmission d’un sens-information.
L’analyste étranger, étant en quelque sorte banni de son le langage natal, gagne en ceci qu’il distingue plus nettement les deux temps de la transmission. Comme sujet, il est inscrit dans la dramaturgie de l’exil dans son rapport à l’Autre d’une langue non maternelle: les difficultés de traduction, le barrage, les ratés peuvent devenir matière à la construction et au franchissement du fantasme. Comme parlêtre, il a un accès beaucoup plus immédiat à lalangue, puisque beaucoup, dans la parole étrangère, se tient pour lui hors-sens, offrant ainsi la possibilité de mieux reconnaître ses propres lettres et hiéroglyphes de jouissance inscrits dans le corps. Il faut cependant reconnaître que de telles conditions favorables se paient — pour le sujet comme pour le parlêtre — d’angoisse; angoisse qui, néanmoins, devient à la fois contribution à sa propre analyse orientée vers le Réel.
Conclusion
Ainsi, Exilium vocis peut être abordé par différentes voies qui dessinent deux temps du travail clinique. En deçà de la structure, la voix en exil est étrangère et angoissante sur la terre natale de l’Autre: c’est précisément à ce titre qu’elle cause le désir, constitue le sujet de l'énonciation et ouvre la dimension du fantasme comme construction dans laquelle l'Unheimliche trouve une stabilité relative. Au-delà de la structure, Exilium vocis atteint son sens ultime et simultanément le perd entièrement. L’exil n’est plus ici le drame de l’Autre, mais la donnée de l'Un: lalangue ne connaît ni patrie ni terre étrangère, et la question n’est plus posée en termes de perte et de retour. La voix se noue dans le sinthome — non comme objet banni en quête d’une place, mais comme ce que le parlêtre invente de novo, en élaborant un savoir‑y‑faire pour habiter sa propre maison là où il n’y en avait originellement aucune.
Quand Hugo affirme que l’exil est la vie, il renonce à la nostalgie et à l’abandon, ayant placé sa voix dans la lettre de son écriture. Cette leçon du rapport à la lettre peut être nommée moment de nouage du sinthome. La voix de l'écrivain banni trouve sa place dans les voix de l'écriture non comme retour du perdu, mais comme création d’auteur qui tient ferme l'exilium vocis indépassable. Non malgré l’exil — à travers l’exil. Non en surmontant l'Unheimliche de la voix, mais en l’habitant.
[1] Sur la dérivation de exilium à partir de exsul, voir A. Ernout, A. Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, 4ᵉ éd., Paris, Klincksieck, 1959, s.v. exul, exsul; cf. M. de Vaan, Etymological Dictionary of Latin and the other Italic Languages, Leiden–Boston, Brill, 2008, s.v. exsul.
[2] Pour la glose traditionnelle exsul, quia extra solum suum est, voir Isidore de Séville, Etymologiae, X, 84 et V, 27. Éd. crit. et trad. dans Étymologies, Paris, Les Belles Lettres, 1999‑ (CUF).
[3] A. Ernout, A. Meillet, op. cit., s.v. exul, exsul; M. de Vaan, op. cit., s.v. exsul.
[4] Sur la double dérivation sub‑jectum / ob‑jectum et la notion scolastique de conceptus objectivus, cf. A. de Libera, La querelle des universaux, Paris, Seuil, 1996, chap. 6.
[5] J. Lacan, Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964), texte établi par J.‑A. Miller, Paris, Seuil, 1973.
[6] J. Lacan, « La position de l’inconscient », dans Écrits, Paris, Seuil, 1966.
[7] Ibid., p. 835.
[8] J. Lacan, Le Séminaire, livre XI, chap. XVI, « D’un Autre à l’autre ».
[9] J. Lacan, « Radiophonie », dans Autres écrits, Paris, Seuil, 2001.
[10] S. Freud, « Das Unheimliche » (1919), dans Gesammelte Werke, Bd. XII; trad. fr. « L’inquiétante étrangeté », dans Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, 1933.
[11] J. Lacan, Le Séminaire, livre XIX, …ou pire (1971‑1972), texte établi par J.‑A. Miller, Paris, Seuil, 2011.
[12] J. Lacan, Le Séminaire, livre XX, Encore (1972‑1973), texte établi par J.‑A. Miller, Paris, Seuil, 1975, chap. XI.
[13] L’idée que l’objet précède le sujet est dans Lacan dans le texte du Séminaire X, avec une référence au premier complexe familial:
Les sensations proprioceptives de la succion et de la préhension font évidemment la base de cetfe ambivalence du vécu, qui ressort de la situation même: l'être qui absorbe est tout absorbé et le complexe archaïque lui répond dans l’embrassement maternel. Nous ne parlerons pas ici avec Freud d’auto-érotisme, puisque le moi n’est pas constitué, ni de narcissisme, puisqu’il n’y a pas d’image du moi; bien moins encore d'érotisme oral, puisque la nostalgie du sein nourricier, sur laquelle a équivoque l'école psychanalytique, ne relève du complexe du sevrage qu'à travers son remaniement par le complexe d’OEdipe.
Lacan J., « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu » (1938), Autres écrits, P.32-33
Cet objet qu’il appelle transitionnel, on voit bien ce qui le constitué dans cette fonction d’objet que j’appelle l’objet cessible. C’est un petit bout arraché à quelque chose, un lange le plus souvent et l’on voit bien le support que le sujet y trouve.Il ne s’y dissout pas, ils’y conforte. Il s’y conforte dans sa fonction tout à fait originelle de sujet en position de chute par rapport à la confrontation signifiante. Il n’y a pas là investissement de a, il y a, si je puis dire, investiture.
Le a est ici le suppléant du sujet — et suppléant en position de précédent. Le sujet mythique primitif, posé au début comme ayant à se constituer dans la confrontation signifiante, nous ne le saisissons jamais, et pour cause, parce que le a l’a précédé, et c’est en tant que marqué lui-même de cette primitive substitution qu’il a à ré-émerger secondairement au-delà de sa disparition.
La fonction de l’objet cessible comme morceau séparable véhicule primitivement quelque chose de l’idenaté du corps, antécédant sur le corps lui-même quant à la constitution du sujet.
Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004.P.363
[14] J. Lacan, « Petit discours aux psychiatres de Sainte-Anne », 10 novembre 1967, inédit.
[15] J.‑C. Maleval, La différence autistique, Paris, Payot, 2009, p. 254.
[16] S. Freud, « Die Verneinung » (1925), trad. fr. « La dénégation », dans Résultats, idées, problèmes, t. II, Paris, PUF, 1985.
[17] J. Lacan, Le Séminaire, livre XXII, R.S.I. (1974‑1975), Ornicar?, nos 4‑6; cf. Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, texte établi par J.‑A. Miller, Paris, Seuil, 2005.
[18] J. Lacan, « L'étourdit », dans Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 449‑495.